Le président de la Confédération générale du logement,
Michel Fréchet, fustige le manque de transparence sur ce dossier
sensible.
Pourquoi votre association, qui défend les locataires, s’est-elle intéressée
au prix de l’eau ?
Michel Fréchet. Nous sommes d’abord une association
d’habitants, locataires ou propriétaires. Et, depuis quelques années,
nous sommes de plus en plus interpellés par des citoyens qui souhaitent
avoir des informations sur le prix de l’eau, qui est une dépense de
consommation liée au logement. Même si l’eau n’est pas le poste le plus
important des charges locatives ou des frais de copropriété, il s’agit
d’un poste en augmentation.
Peut-on parler d’un manque de transparence sur le prix de l’eau ?
Michel Fréchet. Les textes de loi imposent une
transparence. Sur le terrain, en revanche, tout change. C’est un
parcours du combattant pour obtenir des informations sur les prix de
l’eau. Lorsque nous avons réalisé notre enquête, nous avons dû relancer à
plusieurs reprises l’une des six agences de l’eau, ces établissements
publics nationaux en charge de la politique publique de l’eau dans le
pays. L’une d’entre elles n’a même jamais répondu. En théorie, les
maires doivent chaque année présenter en conseil municipal un rapport
sur les prix de l’eau, rapport qui doit être communiqué aux usagers qui
le demandent. Il serait intéressant de regarder combien de maires
mettent à disposition ce document aux citoyens qui en font la demande.
Aujourd’hui, j’en fais le pari, il n’y en aurait qu’une minorité.
Avez-vous été surpris par les résultats
de cette enquête ?
Michel Fréchet. On savait qu’il y avait des
différences de prix, mais on n’imaginait pas que les écarts pouvaient
être si importants. Ils peuvent aller du simple au double entre les
départements. Et les écarts peuvent aller de 1 à 7 au sein d’un même
département. Les prix peuvent être très disparates, y compris dans des
villes voisines, comme à Suresnes, Boulogne, Saint-Cloud et Paris.
Face à une telle jungle de prix, et à quelques mois des municipales, que proposez-vous ?
Michel Fréchet. Des départements très ruraux, comme
la Lozère ou les Deux-Sèvres, ont des coûts d’entretien des
canalisations plus élevés qu’un département comme les Hauts-de-Seine. En
moyenne, il y a 60 centimes de différence entre les communes de
100 000 habitants et celles de moins de 10 000 habitants. Le seul moyen
de rendre supportable la facture, c’est de mutualiser les coûts, comme
on l’a fait à la Libération avec l’électricité ou le téléphone.
Certaines collectivités locales l’ont fait. Nantes Métropole, par
exemple, a décidé d’harmoniser ses prix de l’eau. Cela s’est traduit par
une baisse des prix dans une majorité de communes de cette
agglomération. Pourquoi ce qui est possible au niveau local ne serait
pas possible au niveau national ? On peut y arriver, à condition d’avoir
une volonté politique. Nos militants, sur le terrain, vont se saisir de
cette étude pour interpeller directement les décideurs politiques en
place, et ceux qui sont candidats à prendre leur place. Ils leur
demanderont ce qu’ils ont fait ou ce qu’ils comptent faire sur le prix
de l’eau. Nous espérons voir les citoyens s’emparer de cette thématique.
Depuis quelques années, des élus ont réussi à faire baisser le prix de
l’eau. Mais seule la création d’un service public national permettra
d’harmoniser les tarifs et de créer un prix unique sur l’ensemble du
territoire. C’est d’autant plus nécessaire qu’il faudra de plus en plus
faire attention à notre consommation dans les années à venir, pendant
lesquelles l’eau va devenir de plus en plus rare. Cette régulation et
les investissements nécessaires ne peuvent pas être laissés à des
sociétés privées dont le seul objectif est de faire
du business.
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