Avant notre convention
municipale à Clermont-Ferrand les 12 et 13 octobre, nos camarades
communistes ont planché ce week-end sur ce même thème : réunion samedi
des secrétaires de section puis, ce dimanche, du Conseil National.
Je
serai clair : cette note se veut une contribution à leur débat tant il
m’apparaît évident que chacune des composantes du FDG, et plus
particulièrement les deux plus importantes que sont le PCF et le PG, est
comptable de ceux de ses choix qui peuvent influer sur l’avenir de
notre patrimoine commun.
Le
mot clef de la discussion au sein du PCF c’est, on l’aura donc compris,
le « rassemblement ». Ce n’est pas nouveau. La nouveauté c’est que
pour Pierre Laurent il s’oppose à « autonomie ». Je cite Pierre : « Le
maître mot ce n’est pas autonomie, c’est rassemblement. Nous voulons
que le rassemblement soit le plus large possible. Si nous renonçons à
cela nous renonçons à faire bouger les lignes dans la gauche. Il faut un
Front de Gauche capable de penser le rassemblement au delà de
lui-même ».
Plus surprenant, mon ami Jean-Marc Coppola paraît ne pas dire pas autrement : « Je
réfute l’idée d’autonomie. Ce que nous sommes en train de construire
c’est une dynamique de rassemblement Je vous propose de lancer un appel
aux habitants.». (infos-marseille.fr/2013/09/30/marseille-le-front-de-gauche-quasiment-pret-pour-les-municipales/)
Pour
n’importe quel observateur attentif du paysage politique national, il
apparaîtra paradoxal que ce même mot d’ordre serve à justifier, quasi
dans les mêmes termes, la possible participation à une liste commandée
par le PS à Paris et la liste initiée par le Front de Gauche,
indépendante du PS, à laquelle Jean-Marc s’apprête probablement à
participer à Marseille. Ce qui ferait du PCF le seul parti d’envergure
nationale à ne pas avoir la même stratégie dans ces deux villes.
Je
prends volontairement les exemples de Paris et Marseille car là au
moins nul de sérieux ne pourra y nier l’enjeu national des Municipales.
S’il fallait s’en convaincre, tournons-nous vers un expert : François
Hollande. Ce dernier a expliqué il y a peu au Parisien que « la lecture
des municipales dépendra de Paris et de Marseille » (http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/hollande-ne-craint-pas-une-vague-bleue-23-09-2013-3161025.php).
Autrement dit le vote sanction vis à vis de son gouvernement se lira
pour le Président de la république à l’aune du score réalisé par son
parti dans ces deux villes. A moins de jouer à l’autruche, il est tout
aussi difficile d’ignorer cette réalité que de transformer Mme Hidalgo
en nouvelle résistante à la politique économique et sociale menée le
gouvernement Ayrault. J’y reviendrai plus loin.
Revenons
donc au « rassemblement ». A l’inverse du célèbre aphorisme de
Desproges, « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui », je
dirai qu’on peut imaginer se rassembler avec, presque, tout le monde
mais pas sur n’importe quoi. N’en déplaise aux Solfériniens qui nous
somment de le faire « contre la droite et l’extrême droite ».
D’accord
donc pour « rassembler » mais dans la clarté. J’utilise à dessein ces
deux termes qui sont ceux de la résolution du CN du PCF avant les
Régionales de 2010. A une très grande majorité (82% du CN), le Parti
communiste français avait alors décidé de présenter « des listes d'union
avec le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et Gauche Unitaire de
Christian Picquet au premier tour des élections régionales de mars 2010,
excluant de ce fait de s'allier avec le Parti socialiste. "Ces listes – précisait le communiqué du PCF
- pourraient s'ouvrir à des forces nouvelles, et faire une large place à
toutes les femmes et les hommes, citoyens, militants du mouvement
social, élus locaux, qui dans leur diversité partagent l'urgence de
cette démarche de clarté et de rassemblement".
Conformément
aux statuts de ce parti, il appartint ensuite aux communistes de
chacune des régions de voter sur leur stratégie d’alliance pour les
Régionales (alliance avec le PS ou listes autonomes du FDG ?). Il est
certain que le résultat (17/22 pour le FDG) n’aurait pas été obtenu sans
cette orientation nationale de la direction du PCF.
Quelque
chose a-t-il évolué depuis qui rende aujourd’hui impossible une telle
« clarté » ? Le PS aurait-il bougé dans le bon sens ? Poser la question
c’est y répondre puisque depuis 18 mois les partis du FDG se retrouvent,
de plus en plus homogènes, pour s’opposer à la politique d’austérité et
de l’offre menée par un gouvernement sous conduite du parti
solférinien. Pierre Laurent nous a d’ailleurs annoncé en coordination du
FDG que les parlementaires du Front de Gauche voteront cette année
contre le budget et on sait la signification d’un tel vote.
On
nous dit que cette fois, cette élection serait locale d’où des listes à
périmètres variables. On vient déjà de voir pour Paris et de Marseille
que ce n’est pas le cas. On pourrait ajouter que ce n’est évidemment pas
non plus le cas dans la quasi totalité des grandes villes de ce pays.
La droite et l’extrême droite vont faire campagne sur le vote sanction :
pense-t-on sérieusement qu’au soir du premier tour des journalistes,
pour faire leur analyse, iront distinguer dans les listes conduites par
le PS, les résultats de celles uniquement composées de partis de la
majorité gouvernementale de celles intégrant le PCF ? Où serait la
lisibilité nationale d’un FDG dont le principal parti numériquement
parlant sera tantôt dans des listes de la majorité gouvernementale,
tantôt dans des listes hostiles à la politique du gouvernement ? Que
pourront faire les élus communistes durant leur mandat pour résister aux
inévitables conséquences de l’austérité sur les collectivités eux qui
auront été élus sur la base d’aucun rapport de force vis-à-vis des
partis gouvernementaux ?
Là
encore, je remarque que cette insistance à renvoyer les élections
municipales à un scrutin local est nouveau. Pour preuve la résolution du
FDG adoptée en janvier 2013 sur sa stratégie. Ce texte est important.
Il a été travaillé des semaines durant. Il a donné lieu à un grand
nombre d’aller retours auprès de nos instances nationales. Chaque mot a
été pesé avant de la signer. Or que dit-il ? Tout d’abord, il lie dans
son point 7 les élections municipales et européennes (cf
ce texte dans sa globalité lien bas de page).Aucune des deux n’y est
donc considérée comme dégagée des questions nationales. Au contraire :
elles seront traversées, écrivions-nous ensemble, par « l'urgence de rompre avec les politiques d'austérité pour répondre aux exigences populaires ». La dimension spécifiquement nationale des municipales est ensuite clairement énoncée : « Nous voulons faire de cette élection et des prochaines municipalités des points d’appui pour refuser la logique austéritaire du gouvernement, l'asphyxie des collectivités ». Enfin, nous assénions : « Municipales
et Européennes peuvent ainsi constituer deux moments importants pour
faire évoluer le débat et les rapports de force, la perspective d'une
autre issue politique que la politique d’austérité aujourd'hui menée par
le gouvernement Ayrault en France tout comme par l’Union européenne. ».
Difficile de faire plus clair.
Je
pose donc de nouveau la question : qu‘est qui a changé depuis qui
pourrait justifier l’unité derrière le PS au premier tour ? Le PS
aurait-il fait preuve dans la dernière période d’une autonomie critique
vis-à-vis du gouvernement ? Ses parlementaires auraient-il refusé de
voter en masse les mesures libérales qui leur sont proposées ? Là
encore, la réponse tombe sous le sens.
Revenons
donc, une dernière fois, au « rassemblement » et clarifions. Je propose
pour cela à mes camarades communistes de tourner avec moi les pages du
texte « stratégie » pour arriver cette fois à sa conclusion. Je cite :
« Nous avons donc, en tant que Front de gauche, un rôle historique :
rassembler pour construire une alternative de gauche rompant avec les
logiques libérales et social libérales ». C’est ce que nous
appelons depuis « œuvrer à une majorité alternative ». La bonne
nouvelle c’est que justement il existe des signes, venus de la majorité
gouvernementale, qui commencent à donner crédit à cette alternative :
l’appel d’Eva Joly et de ses amis à une « autre majorité » regroupant le
FDG, EE-LV, les « socialistes hétérodoxes » que comme d’autres forces
du FDG, dont GU et Gauche Anticapitaliste, nous avons largement salué ;
la démission de Noël Mamère sur une ligne critique vis à vis de
l’appartenance à la majorité gouvernementale ; des listes autonomes
avec EELV dans plusieurs villes ; les près de 6000 socialistes qui ont
signé un appel contre la réforme des retraites. C’est encore fragile ?
Certes mais justement il appartient au FDG, 2ème force politique à
gauche, d’en être le catalyseur et de la faire vivre dès les
Municipales. Car au PG nous sommes nous aussi très attachés à un FDG « capable de penser le rassemblement au delà de lui-même »
pour reprendre les mots de Pierre Laurent. On peut là encore utiliser
bien des termes pour caractériser ce rassemblement : front du peuple,
nouveau front populaire, pourquoi pas nouvelle gauche… Mais il impose en préalable, afin de « rompre avec les logiques sociales libérales », d’être autonome des forces gouvernementales qui s’en réclament
afin que le suffrage universel puisse trancher entre ces deux lignes.
L’inverse, dans le rapport de force actuel, conduit à être
inévitablement assimilé à la politique du gouvernement et du même coup
sanctionné par les électeurs car ne doutons pas que les listes
gouvernementales le seront.
Toujours
dans un souci de convaincre, partons du principe que le débat qui
traverse le PCF est essentiellement centré sur le « comment ». Comment
travailler à un rassemblement anti-austérité ? Autrement dit : est-ce
que revendiquer aussi nettement l’autonomie en préalable nous prise de
favoriser de possibles ruptures au sein du PS ? Dans ce cas je propose
un test simple pour juger du degré d’autonomie du PS local derrière
lequel certains de nos camarades communises songent à s’engager. Non pas
un de ces mesures uniquement locales qui n’engagent que ceux qui y
croient et dont l’exemple type est ce 30% de logement social promis par
Mme Hidalgo en 2030 soit dix ans après l’expiration du mandat qu’elle
prétend exercer. Non une phrase simple, première et conditionnelle sur
laquelle nous pourrions nous entendre nationalement pour définir le
périmètre de listes de larges rassemblement que vous appelez de vos vœux
: « notre liste est en désaccord avec la politique d’austérité
du gouvernement, nos élus s'opposeront à ses conséquences sur nos
concitoyens et nos communes ». Voilà qui aurait le mérite de la
clarté. Je vois d’ici la réponse, par exemple, de Mme Hidalgo à Paris,
de Mme Johanna Rolland à Nantes ou encore de Gérard Collomb à Lyon…
Eric COQUEREL
Note : le texte stratégie du FDG
source: .eric-coquerel.fr
