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samedi 21 décembre 2013

Avec Michel Mazéas, rue Anatole France à Douarnenez (Journal de TF1 du 15/03/2013)


Douarnenez-Michel Mazéas s'en est allé... (Le télégramme 21/12/2013)

Près de mille personnes ont assisté à l'hommage civil qui a été rendu, hier, à Michel Mazéas, à l'espace Jules-Verne. Un hommage sobre, digne, sans artifice. L'émotion était dans les discours et les chants.

La cérémonie, qui a duré environ une heure, a été ponctuée par deux chants : « Amazing Grace » et l'hymne breton, le « Bro Gozh ma zadoù ».
 


« Il s'en est allé, immobile et froid, comme nous partirons tous. Mais sa trace aujourd'hui persiste ». C'est avec ces mots prononcés par Michel Mazéas lui-même, en 1988, lors de l'anniversaire de la mort du poète Georges Perros, que Monique Prévost, ancien maire, a entamé un long et poignant monologue, s'adressant au disparu. Elle a d'abord retracé sa vie d'homme, son enfance, sa mère ouvrière d'usine, son père marin-pêcheur. « C'est cette lignée de femmes et d'hommes, c'est ce sang de marins et d'ouvrières qui coulait dans tes veines qui ont forgé ton identité, qui t'ont inscrit profondément dans l'histoire de Douarnenez, qui ont fait de toi l'incarnation rare de cette ville qui t'a vu naître, grandir et mourir ».

Des anonymes,des personnalités

Dans un registre plus intime, Monique Prévost a évoqué avec tendresse sa rencontre entre la jeune institutrice qu'elle était et l'instituteur que Michel Mazéas a été aussi, avant d'être professeur. Puis est venu le récit de l'engagement pour la ville avec son complice Jean Peuziat... « Nous sommes dépositaires de la mémoire vivante que tu as été parmi nous. Tes discours résonneront dans nos mémoires, tes écrits resteront bien en vue dans nos bibliothèques et, surtout, nous qui restons, nous promettons de continuer ton combat pour un monde de paix plus juste, plus humain, plus fraternel et plus solidaire ».« Toi et moi, Michel, c'est une vieille histoire, a ensuite enchaîné le maire, Philippe Paul. Tout aurait pu nous séparer. En fait, tout nous rassemblait. Tu faisais partie de ces gens, rares, hors du commun, extraordinaires, que l'on croise dans la vie. On t'adorait ou, pour faire court, tu insupportais. Et tu le savais. Tu t'en amusais quelquefois. Je vois d'ici ton sourire... ». Philippe Paul a évoqué son chagrin, mais aussi « le bonheur d'avoir croisé ta route. Nous continuerons notre discussion, complices, plus tard, ensemble, et désormais d'une manière différente ».Dans la foule recueillie, de nombreux anonymes. Et des personnalités. Des anciens ministres, Ambroise Guellec, Kofi Yamgnane. Des militants communistes : le Brestois Louis Aminot, le Carhaisien Jean-Pierre Jeudy, le Quimpérois Piero Raneiro... Et nombre de ses « enfants », comme ceux des équipes successives de la MJC. Et, bien sûr, les personnalités politiques locales de tous bords. Et enfin, formant une garde émouvante et fière autour du cercueil, des délégations de la SNSM, dont il a fait partie, et des anciens combattants, dont il était. La cérémonie a duré une heure environ. Michel Mazéas a, ensuite, été inhumé dans l'intimité familiale, dans sa terre natale, à Ploaré.

 Marie-Line Quéau

                                                                                                                                                           

 Propos injurieux: le sénateur-maire saisit la justice
Au conseil municipal, réuni hier soir, le sénateur-maire, Philippe Paul, a annoncé qu'il avait "informé, par courrier, le procureur de la République de Quimper des propos scandaleux publiés à l'encontre de Michel Mazéas", sur un site internet hébergé aux Etats-Unis.

Par communiqué, la fédération départementale du PCF, condamnait également ces écrits, parlant de "rejet fondamental des valeurs républicaines et humaines les plus élémentaires. L'animateur de ce site a été récemment  condamné à dix-huit mois de prison avec sursis, ainsi qu'à 17.000 € de dommages et intérêts pour "diffamation, provocation à la discrimination raciale et menace de violence."

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Obsèques à Douarnenez : 800 personnes rendent hommage à Michel Mazéas

photo près de 800 personnes sont venues rendre un dernier hommage à michel mazéas, ce vendredi, à douarnenez. © of



Près de 800 personnes ont rendu hommage, hier, au maire de la ville pendant 24 ans. Il est décédé mardi soir, à 85 ans.
Près de 800 personnes du monde politique, de tous bords réunis, du milieu associatif douarneniste, de nombreux services municipaux ont rendu, hier après-midi, un dernier hommage à Michel Mazéas. L’ancien maire de gauche, Monique Prévost, a d’abord retracé la carrière politique du fils de marin-pêcheur et d’ouvrière de conserverie.

« Douarnenez, c’est Michel Mazéas et Michel Mazéas, c’est Douarnenez », a embrayé le sénateur-maire (UMP) Philippe Paul, s’attachant à décrire l’homme, « son fidèle ami » en dépit d’idées politiques différentes. Évoquant leur passion commune pour l’aviation : « Bon vol, Michel. On t’aime ! »

source:ouest-france

mercredi 27 novembre 2013

Appel du Conseil National de la Résistance (60ème anniversaire de l'adoption du programme du CNR)

                          

Vendredi 29/11-20 h.30-Quimper-Conférence-débat-Ambroise Croizat, le CNR et l'invention sociale par Michel Etiévent (Entrée libre)

70ème anniversaire du Conseil national de la Résistance (C.N.R.)

70ème anniversaire du C.N.R.           (Conseil National de la Résistance)








Vendredi 29 novembre 2013 à 20 heures 30
Halles Saint-François (salle n°1) à Quimper


Michel Étiévent raconte le CNR et  Ambroise Croizat,

les bâtisseurs de la Sécurité sociale

 

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Le Front de Gauche Briec/ Fouesnant/ Quimper et ses composantes (PCF, Parti de Gauche, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique, Gauche anticapitaliste et Les Alternatifs) organisent en partenariat avec les organisations amies ATTAC, MPEP, LGN, NPA, et le Collectif quimpérois « Osons la démocratie ! »  une conférence-débat pour célébrer le 70ème anniversaire de la création du CNR, Conseil National de la Résistance : vendredi 29 novembre 2013-20 heures 30 , aux Halles Saint-François (salle n°1) à Quimper.

Pour marquer l’événement, Michel Etiévent viendra retracer l’histoire de la création de la sécurité sociale autour de sa bibliographie. Michel Etiévent, écrivain, historien, auteur d’une quarantaine d’ouvrages (Documentaires historiques, nouvelles, récits, biographies de Marcel Paul, Ambroise Croizat, Guy Moquet, de la Résistance en France…) déroulera au fil de sa conférence, le chemin de l’un des grands inventeurs sociaux du 20ème siècle, Ambroise Croizat : son enfance ouvrière, son engagement, ses luttes et son combat pour la dignité, sa participation aux grandes heures de l’histoire sociale française, l’aventure du Front Populaire, la Résistance, la Libération.
Les organisateurs de la rencontre vous invitent ainsi à refaire le parcours sur lequel, peu à peu s’inscrit le fabuleux héritage social qui nous a été légué par le Conseil National de la Résistance dont nous célébrons cette année le 70ème anniversaire de sa création. Ambroise Croizat, secrétaire général de la Fédération CGT des métaux puis ministre communiste du travail de 1945 à 1947, bâtira entre autres la sécurité sociale, les comités d’entreprises, sera à l’origine de la Médecine du travail, des conventions collectives, des statuts des mineurs et d’EDF GDF, de la généralisation de la retraite pour tous, de la fonction publique...

Ces réalisations ont très vite été combattues par les forces réactionnaires au fur et à mesure qu’elles ont relevé la tête. Ces « conquis » gênent le patronat dans sa recherche de profit maximum jusqu’à ce que le MEDEF par la voix de son vice-président Kessler appelle à en finir avec le modèle social issu de la Résistance. A l’heure des inquiétudes sur une protection sociale de qualité, des dangers qui menacent la retraite par répartition, il est plus que jamais nécessaire de nous inspirer des mobilisations de la Libération. Plus que jamais face au rouleau compresseur du libéralisme, le programme du CNR est d’actualité. A nous de prendre le relais pour imposer des politiques favorables aux travailleurs.


A noter sur vos agendas -Le film-documentaire de Gilles PERRET  « les jours heureux » qui retrace l’histoire du Conseil National de la Résistance et de son programme sera projeté au « Quai Dupleix » à Quimper le vendredi 13 décembre 2013 en présence du réalisateur qui animera un débat après la projection.
   



mercredi 23 octobre 2013

Concarneau. Hommage rendu aux 27 fusillés de Châteaubriant (OF.fr 23/10/2013)

La mémoire des 27 fusillés de Châteaubriant, exécutés le 22 octobre 1941 par les nazis, a été honorée, aujourd’hui, à Concarneau.

Ce mardi, un hommage a été rendu, au cimetière de Concarneau, puis au lycée Pierre-Guéguin, aux 27 Français fusillés le 22 octobre 1941 par les Allemands à Châteaubriant (Loire-Atlantique). Ces exécutions ont fait suite à la mort du responsable des troupes d’occupation de la région nantaise, le lieutenant-colonel Holtz, abattu, le 20 octobre, par deux jeunes résistants communistes.

Oublier serait « faillir »

Parmi les fusillés de Châteaubriant, il y avait notamment Guy Môquet, Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau, et Marc Bourhis, instituteur à Trégunc.

Lors de la commémoration au cimetière, Christian Collimard, du Comité local du souvenir des fusillés de Châteaubriant, a expliqué qu’oublier cet événement de l’Histoire serait « faillir » 


source:  ouest-france.fr

mardi 22 octobre 2013

Châteaubriant. L’hommage aux vingt-sept otages fusillés à la Sablière le 22 octobre 1941


Ce dimanche 20 octobre 2013, à la Carrière de la Sablière, à Châteaubriant, a eu lieu la cérémonie du 72e anniversaire de la Fusillade, sous l’égide de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt en présence du préfet de Loire-Atlantique, d’élus, des autorités militaires et de Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT.

« Soyez dignes de nous »

Le 22 octobre 1941, à 15 h 50, à 16 h et à 16 h 10, vingt-sept Résistants, militants communistes emprisonnés au Camp de Choisel, avaient été fusillés par les Nazis en représailles à l’assassinat, deux jours plus tôt à Nantes, du lieutenant-colonel colonel Holtz par un jeune Résistant.

Parmi les otages fusillés, Guy Moquet, 17 ans et demi, qui a déclaré avant de mourir : « Certes, j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur c’est que ma mort serve à quelque chose. Soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ».

Évocation artistique

La cérémonie commémorative a été suivie d’un spectacle « L’avenir vient de loin » écrit et mis en scène par Claudine Merceron. Cette évocation artistique et historique a été interprétée en milieu d’après-midi sur une scène détrempée par une centaine de comédiens amateurs, adultes et enfants.


source:  ouest-france.fr

jeudi 3 octobre 2013

Manuel, souviens-t-en... (Jean-Claude LEFORT-Député honoraire)

Manuel, souviens-t-en...
"Quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de «brigadiste» qui se rappelle à toi. Souviens-t’en: «Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir.» Par Jean-Claude Lefort, Député honoraire, Fils de Manouche.

La tribune:
 
Manuel, tu as déclaré hier soir, sur BFMTV, que la situation était très différente pour toi, relativement à celle des Roms, car ta famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme.

Tu as été naturalisé français en 1982. Franco est mort en 1975. Sept ans avant ta naturalisation. Quand tu es devenu français, il n’y avait donc plus de dictature en Espagne. Tu avais donc « vocation », selon tes mots, à retourner dans ton pays de naissance, en Espagne. Tu ne l’as pas fait et je comprends parfaitement, de même que je comprends totalement ton souhait de devenir français. Cela sans l’ombre d’un doute.

Tu avais «vocation» à retourner à Barcelone, en Espagne où tu es né, pour reprendre tes propos qui concernaient uniquement les Roms. Celui qui t’écrit, en ce moment, est un Français d’origine manouche par son père. Mon père, manouche et français, est allé en 1936 en
 Espagne pour combattre le franquisme, les armes à la main, dans les Brigades internationales. Pour la liberté de ton pays de naissance, et donc celle de ta famille. Il en est mort (1), Manuel. Des suites des blessures infligées par les franquistes sur le front de la Jarama, en 1937. Je ne te demande aucun remerciement, ni certainement pas la moindre compassion. Je la récuse par avance. Je suis honoré en vérité qu’il ait fait ce choix, quand bien même il a privé ma famille de sa présence alors que je n’avais que neuf ans et ma sœur, dix-huit.

La guerre mondiale est venue. Et les camps nazis se sont aussi ouverts aux Tziganes. Tu le sais. Mais un nombre énorme de Manouches, de Gitans et d’Espagnols se sont engagés dans la Résistance sur le sol français. Ton père aurait pu en être. Il en avait l’âge puisque il est né en 1923. Georges Séguy et d’autres sont entrés en résistance à seize ans. Je ne lui reproche aucunement de ne pas l’avoir fait, bien évidemment. Mais je te demande le respect absolu pour celles et ceux qui se sont engagés dans la Résistance contre le franquisme, puis ensuite contre le nazisme et le fascisme. Contre ceux qui avaient fait Guernica. Et pourtant, à te suivre, ils avaient «vocation» à retourner ou à rester dans leur pays d’origine, ces «étrangers, et nos frères pourtant»…

Manuel, «on» a accueilli la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union européenne alors que ces pays ne respectaient pas, et ne respectent toujours pas, un des fondamentaux pour
 devenir ou être membre de l’Union européenne: 
le respect des minorités nationales. Sensible à cette question pour des raisons évidentes, je m’en étais fortement inquiété à l’époque. En tant que député, je suis allé à Bruxelles, auprès de la Commission, pour prouver et dire que ces pays ne respectaient pas cette clause fondamentale. On m’a souri au nez, figure-toi.

Et aujourd’hui, dans ces pays, la situation des Roms s’est encore aggravée. Pas améliorée, je dis bien «aggravée». Et ils ont «vocation» à rester dans leurs pays ou à y revenir? C’est donc, pour toi, une espèce humaine particulière qui pourrait, elle, supporter les brimades, les discriminations et les humiliations de toutes sortes? Ces pays d’origine ne sont pas des dictatures, c’est certain. Mais ce ne sont pas des démocraties pleines et entières pour autant. Alors toi, l’Espagnol devenu français, tu ne comprends pas? Fuir son pays, tu ne comprends pas? Toi, tu ne comprends pas que personne n’a «vocation» à rester ou revenir dans son pays? Sauf si tu es adepte de conceptions très spéciales, à savoir que ce qui vaudrait pour un Roumain ne vaudrait pas pour un Espagnol. Tu sais pourtant que le mot «race» va disparaître de nos lois. À juste titre car il n’y a pas de races, juste une espèce humaine. Et les Roms en sont.

La fermeté doit s’exercer là où se trouvent les responsabilités. Pas sur de pauvres individus qui n’en peuvent plus. Savoir accueillir et savoir faire respecter nos lois ne sont pas deux concepts antagoniques. Mais quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de «brigadiste» qui se rappelle à toi. Souviens-t’en: «Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir.»

Pour l’heure, Manuel, j’ai la nausée. Tes propos me font gerber, même pire. Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour «ça»?

Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus «ces étrangers, et nos frères pourtant».

Jean-Claude LEFORT

(1) En 1953

source: humanite.fr
 
  • A lire aussi:
Manuel Valls persiste et signe
La "question rom" ou la stigmatisation banalisée

dimanche 21 juillet 2013

Henri Alleg : « La colonisation : un crime contre l’humanité » (Olivier DOUBRE-Politis.fr du 18/07/2013)

Henri Alleg publiait en 2005 « Mémoire algérienne », un livre retraçant son existence de combat, d’espoirs et de douleurs, dans l’Algérie coloniale en lutte pour son émancipation. Au lendemain de sa mort, l'hebdomadaire Politis a republié un entretien qu’il lui avait accordé en septembre 2005.


[Des archives du journal Politis] Henri Alleg nous reçoit chez lui, dans sa petite maison, au cœur d’une banlieue longtemps communiste. Toujours membre « du Parti », militant de la « cellule de cette rue », il se situe lui-même, par « fidélité » aux engagements de sa jeunesse, parmi les « contestataires » du PCF, ceux qu’on qualifie souvent d’orthodoxes. Pour lui, être communiste continue de signifier « remettre en cause fondamentalement le système capitaliste »…

Or, la fidélité tient certainement lieu de méthode, en fouillant dans sa Mémoire algé- rienne : c’est avec une grande précision qu’il revient sur les luttes politiques en Algérie, auxquelles il a pris part entre 1939 et 1964. Dirigeant alors du Parti communiste algé- rien (PCA), il assiste à la montée inexorable du « sentiment national algérien » et le soutient. Retour en arrière, à l’époque coloniale.


Votre livre commence en racontant votre arrivée à Alger en 1939. Vous tombez immédiatement amoureux de cette ville mais, à la différence des autres Européens, vous n’adoptez pas le mode de vie colonial et vous vous tournez vers les Algériens…
Henri Alleg :  : Oui, au départ, je voulais voyager et c’est la guerre qui a fait que je suis resté, en quelque sorte, bloqué à Alger. Mais je tombe, c’est vrai, très vite amoureux de cette ville. Je suis fasciné par les paysages, par les gens. Surtout, j’ai eu cette chance formidable de rencontrer de jeunes Algériens et de partager avec eux des discussions qui m’apprennent beaucoup sur leur pays et leur culture. Je dois dire aussi qu’ils m’ont tout de suite pris en estime, parce que des jeunes Européens qui s’intéressent à eux, en leur adressant la parole comme on doit adresser la parole à quelqu’un, c’est- à-dire sans mépris, ils n’en rencontraient pour ainsi dire jamais ! Il est certain que si j’étais tombé ailleurs, dans un groupe d’Européens, sans doute me serais-je fâché avec eux car je supportais difficilement le racisme de la vie quotidienne qui régnait chez eux la plupart du temps. Je sentais bien que je me distinguais : lorsqu’il y avait une dame voilée dans la rue qui laissait tomber quelque chose par terre, je le ramassais en l’appelant « Madame », ou bien à un Algérien plus âgé que moi je disais « vous »… C’était tout à fait inhabituel, et d’autant plus sympathique aux jeunes que je pouvais rencontrer, parmi lesquels il y avait des nationalistes. Bien sûr, ils ne me disaient pas d’entrée de jeu : « Je suis pour l’indépendance de l’Algérie. » Mais en discutant un peu plus longtemps avec eux, ils sentaient bien que parler d’indépendance, cela ne m’effrayait pas du tout ; au contraire j’étais tout ouïe !

Henri Alleg en 1962.-AFP.


J’ai donc assez rapidement vu l’Algérie avec des yeux – je dirais – de politique. Puis, la guerre se poursuivant, je sentais que je ne pouvais pas rester les bras croisés : j’ai donc commencé à me lier avec des militants communistes clandestins. À ce moment-là, parmi les camarades algériens que je connaissais depuis mon arrivée, je notais que certains n’avaient pas les mêmes réactions que moi parce que, même s’ils ne l’avouaient pas directement, il y avait cette idée dans l’air : « Finalement, si les Allemands flanquaient une bonne raclée aux Français, ce serait peut-être bon pour nous », selon le vieil adage qui veut que « les ennemis de mes ennemis sont mes amis »… Cependant, il faut dire que certains travailleurs algériens étaient allés travailler en France, avaient participé aux grèves et vu que le Front Populaire, c’était pour eux aussi. Le mouvement national montait, mais les dirigeants nationalistes algériens – et Messali Hadj en premier lieu – avaient refusé tout de suite ce que les hitlériens leur proposaient. Ceux-ci avaient en effet tenté de leur faire miroiter qu’en s’alliant à eux, l’Allemagne pourrait appuyer leur revendication d’indépendance. Messali a refusé en disant qu’il ne voulait pas être pris pour un fasciste. Plus tard, Pétain lui a proposé de le libérer contre une déclaration d’allé- geance, et il a aussi décliné l’offre.

Vous adhérez sous Vichy au Parti communiste algérien et plongez alors dans la clandestinité. Votre livre expose bien les luttes politiques de l’Algérie avant l’indépendance. Le PCA a alors la particularité d’être un parti composé d’Européens et d’Algériens…

Oui, c’est même le seul dans l’Algérie coloniale ! Ce parti a d’ailleurs eu une histoire singulière. Au départ, il y avait le Parti socialiste et, l’Algérie étant la France, les adhé- rents là-bas appartenaient au parti français. Quand il y a eu le Congrès de Tours, les communistes algériens ont d’abord été une section du PCF, mais avec un programme algérien. Puis, à partir de 1936, c’est devenu un parti autonome avec comme perspective l’indépendance de l’Algérie. Mais la plupart de ses membres étaient encore des Européens, notamment parce que – on l’oublie toujours – la loi coloniale interdisait aux Algériens d’adhérer à un parti politique. Au point que les militants algériens du PCA devaient faire très attention lorsqu’ils allaient à une réunion ou dans un local politique ou syndical car ils risquaient tout simplement une arrestation… En plus, le Code de l’Indigénat permettait pratiquement d’envoyer quelqu’un en prison sans aucun motif. La justice coloniale s’appliquait ainsi quotidiennement. Vous imaginez le courage qu’il fallait à un Algérien pour oser militer dans un parti politique. Pendant la guerre, j’ai aussi travaillé dans une usine avec des travailleurs qui étaient tous algériens. J’ai vu alors la façon révoltante dont les choses se passaient. C’est pourquoi j’ai très vite été persuadé et donc milité pour que tout cela change !

Après la Deuxième Guerre mondiale, vous dirigez Alger Républicain, un des seuls quotidiens à dénoncer la violence coloniale, souvent censuré pour cela. Que savait-on en France de ces pratiques ? Alger républicain était-il diffusé en France ?

Oui, il l’était. Je vous répondrai que comme toujours, ceux qui voulaient savoir savaient la façon dont les Algériens étaient traités en Algérie. Mais ils étaient bien peu nombreux. Quand il y avait des procès, c’étaient souvent des avocats, militants communistes ou chrétiens qui venaient les défendre. Mais il n’y avait jamais de grande campagne car tout cela était perçu comme des accidents de parcours, et non pas comme un système. Il y a un proverbe arabe qui dit qu’il n’y a que ceux qui marchent sur les braises qui sentent la brûlure. C’était un peu ça : les Algériens, eux, savaient ! N’importe quel gosse savait que les policiers frappaient, torturaient, etc. La population européenne savait aussi, en gros, et ils acceptaient en gros l’idée très répandue : « Avec les Arabes, on ne peut pas faire autrement. »Il y avait donc une espèce d’insensibilité à cette violence, sauf chez les gens les plus conscients. Je me souviens que j’avais un camarade dont les parents habitaient une petite ville à 20 kilomètres d’Alger. Leur maison était située juste en face de la gendarmerie et il me racontait qu’ils se plaignaient : « C’est embêtant, la nuit les gendarmes frappent les Arabes et ils hurlent, on ne peut pas dormir ! » Mais le pire, c’est qu’on ne pouvait pas l’écrire dans le journal. Quand des gens venaient nous raconter ce genre de choses, eux-mêmes comprenaient qu’on ne pouvait pas tout raconter, sinon le journal était immédiatement saisi et on perdait des centaines de milliers de francs à chaque fois. On leur disait donc : « On va en parler, mais on ne pourra pas écrire tout ce que vous nous avez raconté ! »

À partir de 1954, avec la guerre, il y a eu deux attitudes. En France, Guy Mollet et les autres disaient que ceux qui faisaient campagne contre la torture étaient des ennemis de la France, des séparatistes et des communistes, qui mentaient. Généralement, ils ajoutaient même : « Je ne dis pas qu’à un certain endroit, une fois, il n’y a pas eu quelques brutalités, mais même ce cas-là, nous ne l’acceptons pas et nous prendrons des mesures. » En fait, il y avait des milliers de cas de ce genre ! Cette attitude avait pour but de rassurer la partie de l’opinion française attachée à la défense des Droits de l’homme. Je fais à ce propos une parenthèse : on peut craindre aujourd’hui un certain recul de ce point de vue, quand on voit de grands responsables, aux États-Unis ou en Israël, expliquer qu’il va falloir légaliser la torture et voir comment l’exercer. Or, à l’époque de la guerre d’Algérie, jamais on n’aurait pu entendre une chose pareille. On sortait de la guerre contre les nazis et il y avait cette idée répandue que « les Français ne torturent pas ». En Algérie, il n’y avait pas de campagne pour dénoncer les traitements inhumains que subissaient les Algériens arrêtés. On n’en parlait pas, tout simplement parce que c’était normal ! Comme il était normal qu’on saisisse le seul journal, Alger républicain, qui faisait « toute une histoire » de ce genre « d’anecdotes » !

La torture pendant la guerre d’Algérie n’est plus niée aujourd’hui par personne. Récemment, même Massu ou Aussaresses en ont parlé publiquement. Quel effet cela vous fait-il de voir ces généraux à la télévision, alors que ce sont eux qui commandaient les militaires qui vous ont torturé et que vous citiez déjà leurs noms dans la Question ?

La question, sans jeu de mot, de la torture est mal posée selon moi. Comme s’il y avait des règles dans la guerre, en particulier dans une guerre coloniale… En réalité, le fond du problème était cette guerre injuste elle-même. À partir du moment où on mène une guerre coloniale, c’est-à-dire une guerre pour soumettre un peuple à sa volonté, on peut édicter toutes les lois que l’on veut, il y aura toujours des dépassements. On pourra toujours dire : « Il y avait 50 bombes dans la nature qu’il fallait trouver », et conclure, comme l’ont fait tous ces généraux, qu’ils ont sauvé des vies humaines ! Premièrement, ce raisonnementlà est faux, puisqu’à la base on s’engage dans une guerre qui va elle-même à contre-sens des principes mêmes de l’humanité. En deuxième lieu, il est faux également parce qu’on exclut du champ des responsabilités les politiques. Évidemment, Aussaresses me répugne au plus haut point, mais il avait des gens au-dessus de lui, non ? On sait aujourd’hui qu’après ses actions en Algérie les gouvernements français l’ont autorisé à aller exercer ses talents en Amérique latine, apprendre aux dictateurs comment faire [1]…

En outre, tous ces gens ont par la suite été promus, la poitrine bardée de médailles : Aussaresses était commandant, il finit géné- ral ; Bigeard a même été secrétaire d’État. Il y a donc eu une véritable complicité au plus haut niveau avec eux. On peut bien sûr se féliciter que le président de la République exprime toute l’horreur et tous les regrets qu’il ressent, mais ces gens ne risquent plus rien – et c’est d’ailleurs pour cela qu’ils parlent – puisqu’ils sont amnistiés. Aussaresses n’a jamais été condamné que pour apologie de ses crimes, par pour les avoir commis… La seule chose que je voudrais, c’est qu’on n’attende pas cent cinquante ans comme dans le cas de l’esclavage : on n’a pas condamné les esclavagistes pour leurs crimes, mais l’esclavage en tant que tel. Je souhaite donc qu’on condamne la colonisation, en tant que système, comme un crime contre l’humanité. Or, au contraire, on assiste à des choses incroyables, comme cette loi qui se félicite de la colonisation en Algérie et, pire, qui demande qu’on enseigne ce mensonge dans les écoles. Et puis, quand je vois ce qui se passe en Irak ou à Guantanamo, je suis inquiet…

Dans le livre, vous racontez pour la première fois comment la Questionest sorti clandestinement, sur de petits bouts de papiers pliés, de la prison d’Alger. Votre femme a ensuite tapé le livre ; cela a dû être terrible pour elle de retranscrire le récit de ces tortures, alors que vous étiez toujours incarcéré…

C’est sûr. Je n’étais plus alors entre les mains des paras, mais j’étais toujours en prison, où ils auraient pu revenir me chercher. Ma femme était elle aussi militante et, même si on ne tremblait pas constamment, on savait tous les deux, comme chacun de nos camarades, que si l’on était arrêté, on serait à coup sûr torturé. Elle le savait pour ellemême, et elle le savait pour moi. C’était une idée acceptée, depuis longtemps, avec la conviction que la chose la plus terrible pour nous n’était pas la mort mais la trahison de nos amis, que ce soit par la force ou par la ruse. Par conséquent, c’est quand même un réconfort formidable de savoir, quand on est dans une telle situation, que les gens les plus proches partagent nos idées à 100 %.

Que répondez-vous aujourd’hui aux gens qui disent que l’Algérie a quitté la France pour plonger dans la dictature et le sous-développement ?

C’est vrai que nos rêves d’une Algérie fraternelle, pluriethnique, socialiste et laïque ont été balayés, alors qu’à la différence d’autres nations colonisées l’Algérie avait des vraies richesses. Dans les années 1960, le géographe tiers-mondiste René Dumont disait : « L’Afrique Noire est mal partie. » J’ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois dans les premières années après l’indépendance et je lui avais posé la question à propos de l’Algérie. Il m’avait répondu qu’au contraire il croyait que l’Algérie pouvait « bien partir ».Il y a donc de quoi être déçu. Mais je m’élève toujours contre ceux qui disent : « Finalement, tout cela n’a servi à rien, c’était mieux avant », et je raconte alors toujours la même anecdote. Il y a quelques années, je suis retourné à Alger avec une équipe de télévision et, alors qu’on filmait dans une rue, un jeune Algérien s’est approché. Il m’avait reconnu et m’a demandé si je pensais toujours que la lutte que nous avions menée « avait valu le coup, vu ce qu’[était] devenue l’Algérie ? ». Je lui ai alors demandé s’il avait fait des études. Comme il me disait oui, je lui ai demandé combien, selon lui, il y avait d’Algériens à l’Université avant l’indépendance. Je lui ai dit que, dans toute l’Algérie coloniale, il n’y en avait pas plus de 300, qu’il y avait un architecte –un de mes amis – et un ingénieur. Aujourd’hui, il y a plus de 250 000 étudiants avec des universités aux quatre coins du pays. Bien sûr, il y a des escrocs, de la corruption, mais, malgré les problèmes et les scandales qui existent, j’ai le sentiment que ceux qui, comme moi, se sont battus pour l’indépendance ont quand même ouvert la voie. Si l’on posait la question en France sur le programme de la Résistance, qui était magnifique, on peut regretter ce qui est arrivé ensuite. Pourtant, personne ne dirait qu’il n’aurait pas fallu se battre contre les nazis. C’est à la jeunesse algérienne, aujourd’hui, de se battre pour un avenir meilleur…


Nota Bene : Mémoire algérienne, Henri Alleg, Stock, 420 p., 20,99 euros.


[1] Voir sur ce sujet Escadrons de la mort, l’école française, de Marie-Monique Robin (La Découverte, 2004), qui montre l’exportation de méthodes utilisées, entre autres, pendant la bataille d’Alger


source: politis.fr (18/07/2013)

Henri Alleg est mort




Le journaliste et militant communiste Henri Alleg s’est éteint mercredi à l’âge de 91 ans. L’ancien secrétaire général de l’Humanité avait dénoncé la torture pendant la guerre d’Algérie, qu’il avait lui-même subie en 1957, dans un ouvrage paru en 1958 et aussitôt interdit, la Question.
Henri Salem, devenu « Alleg » pendant la guerre, adhère au Parti communiste algérien (PCA) après son arrivée à Alger en avril 1940. Il devient membre du comité central du parti, puis dirige le quotidien Alger républicain en février 1951. Deux ans après la dissolution du PCA, il est arrêté en pleine bataille d’Alger en 1957, puis condamné à dix ans de travaux forcés en France. Mais il s’évade en 1961 et refonde l’Alger républicain, interdit depuis 1955. Il poursuivra sa carrière de journaliste à l’Humanité entre 1966 et 1980.
Ces dernières années, il continuait à donner des conférences. Militant communiste il était resté, et faisait partie de ceux qui ont refusé jusqu’au bout la mutation du PCF, engagée par Robert Hue à la fin des années 1990.
Henri Alleg est décédé mercredi, trois jours avant son quatre-vingt-douzième anniversaire.

source:  politis.fr - le 18/07/2013