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| Quentin n’a plus d’œil gauche |
Quentin est charpentier.
C'est l'un des 40 000 manifestants qui ont défilé hier contre la reprise du
projet de Notre-Dame-des-Landes.
Hier, 22 février 2014, le jour de ses 29 ans.
Voici les questions que lui a posées sa mère, Nathalie, à
l'hôpital:
Retranscription du témoignage de Quentin, gravement blessé le 22 février à
Nantes:
Ça a démarré vraiment quand on s’est retrouvés vers Commerce, au moment où on
devait remonter normalement le cours des 50 otages, ce qui était censé être le
parcours de la manif. Là, il y avait des cars de CRS et des barrières qui
bloquaient tout. Nous quand on est arrivés, direct on s’est fait gazer. Il y a
eu tout de suite des gaz lacrymo qui ont été jetés sur les gamins, sur tous les
gens qui étaient là.
Là c’était la manifestation paisible, normale ?
C’était la manifestation paisible mais il y avait quand même déjà des gens un
peu excités déjà avant, depuis le début de la manif. Donc nous on est restés un
petit peu dans la zone, voir un peu ce qui se passait, et puis après, sur les
conseils des organisateurs et tout, on a continué à marcher, à aller vers le
point de ralliement, l’endroit où c’était fini, pour qu’il y ait un mouvement et
que ça s’essouffle un peu.
Après, il y a eu plusieurs salves d’affrontement, des lacrymos qui
perpétuellement revenaient, lancés par les flics. Et moi, ce qui m’est arrivé,
c’est à la fin, on était vers la place Gloriette, entre Gloriette et l’autre là,
là où il y a le café plage, ce rond-point là en fait, près du CHU justement. Et
nous on allait pour se replier, on rentrait, les CRS avançaient eux, avec les
camions et tout le truc, et moi je reculais avec tout un tas d’autres gens. Je
reculais en les regardant pour pas être pris à revers et pouvoir voir les
projectiles qui arrivaient. Et là, à un moment, j’ai senti un choc, une grosse
explosion et là je me suis retrouvé à terre et, comme ils continuaient à nous
gazer, ils continuaient à envoyer des bombes assourdissantes alors que j’étais
au sol, des gens ont essayé de me sortir le plus vite possible, de m’emmener
plus loin aussi. Et puis après je sais pas trop, on m’a mis dans une… les
pompiers m’ont emmené quoi.
Et donc, on dit que tu as reçu une grenade assourdissante qui, au lieu
d’être tirée en l’air, a été tirée de façon horizontale, dans ton
œil ?
Je l’ai prise directement dans le visage. Elle a explosé dans mon visage. Vu
ce que ça a fait… Elle a explosé là et c’est comme ça que moi je l’ai ressenti,
quoi. Le choc, ça a été un bruit et une douleur extrêmement vive sur le coup,
puis bon moi je me suis écroulé. C’est vrai que c’était assez violent j’ai
trouvé. Il y avait, de la part des manifestants, des gens qui voulaient
absolument lancer des trucs sur les CRS mais les CRS, eux, gazaient n’importe
qui. Et ils visaient, au flash ball, ils étaient cachés, on les voyait viser,
suivre des gens qui marchaient ou qui couraient en face pour aller se mettre à
l’abri. Ils les visaient, les suivaient et shootaient, quoi. et ils visaient pas
les pieds. On a vu la façon dont ils tiraient, c’était très… c’était ciblé.
Et toi tu étais là, en manifestant paisible, tu n’étais pas armé, tu
n’avais rien dans les mains ?
J’étais pas armé, j’avais pas de masque à gaz, j’avais pas de lunettes de
protection. On était là pour une manifestation familiale, festive, on était là
pour faire masse, pour faire du nombre. Et après, c’est vrai que je suis resté
même s’il y avait les lacrymos, parce que je trouvais ça injuste et qu’il
fallait rester. Y’avait des gens, y’avait des pères de famille, y’avait des
anciens, y’avait un petit peu de tout et voilà, moi je voulais rester aussi avec
les gens pour montrer qu’on était là mais sans…"
URL source: http://blogs.mediapart.fr/blog/olivier-favier/230214/nantes-22-fevrier-2014-ce-qui-est-arrive-quentin
Sur les violences policières
des 24 et 25 novembre 2012.






