Quels bilans tirer du 2 novembre en Bretagne ?
Tout
d'abord, on doit se féliciter de voir une population mobilisée et pas
attentiste. Elle est inquiète, en colère, mais recherche une issue
collective aux problèmes qu'elle rencontre. C'est positif.
Quimper et Carhaix ont toutes les deux mobilisé:
On
aurait pu penser que Carhaix préparé en quelques jours sans battage
médiatique aurait été symbolique, cela n'a pas été le cas. Le Télégramme
dit 3000 manifestants, c'est de cet ordre.
Initié
par la CGT, Solidaires et FSU (avec aussi des divergences qu'il ne sert
à rien de nier au sein de ces organisations); l'appel s'est élargi à la
Confédération Paysanne, au Front de Gauche (appels notamment du PG 29
et du PCF 29), à EELV, Lutte Ouvrière était présente. Des salariés des
boites touchées par les licenciements étaient là notamment Marine
Harvest, Tilly Sabco, … Opportuniste? on notera la présence à Carhaix
d'une seule personnalité PS, le député Richard Ferrand qui a voté le
pour le TSCG, pour la réforme des retraites et s'est abstenu sur l'ANI.
Quimper
est un très gros succès en terme de participation, 12 000, 15 000, peut
être plus, en tout cas une des plus grosses manifestations de ces
dernières années, mais chiffre à mettre en rapport avec sa dimension
régionale (gros déplacements de la Loire Atlantique). Les médias ont
aidé, le soutien matériel des organisateurs (mise à disposition de bus,
de bonnets, de drapeaux, …) a joué un rôle. Le phénomène grandissant des
réseaux sociaux a aussi contribué à mobiliser des gens qui sans doute
faisaient là leur première manif, ce qui n'était pas le cas à Carhaix où
la moyenne d'âge était plus élevée. Si l'on excepte un syndicat ouvrier
FO, et Christian Troadec (étiqueté « divers gauche » qui peut passer
d'une alliance avec José Bové à une autre avec la FDSEA) les principaux
organisateurs (Medef 29, FDSEA, CCI...), ne se situent pas dans notre
camp politique et social. C'est cette alliance inter-classiste qui a
posé un problème, c'est cela qui a permis les appels de Marc Le Fur
député UMP présent à Quimper avec un bonnet rouge, le soutien
bienveillant du FN, des identitaires ...
A
l'opposé, il y avait à Quimper des manifestantEs qui non seulement
étaient conscients de ce problème, mais sont allés à Quimper avec
l'intention de le dénoncer dans la manif elle même. Il ne faut donc pas
faire d'amalgame entre ces manifestantEs et les dirigeants de cette
manif. C'est sur cette tactique que les avis ont pu diverger, pas sur le
fond: que ce soit dans les syndicats CGT, Solidaires, FSU … ou dans Le
Front de Gauche, tout le monde regrette et dénonce la volonté de
main-basse du Medef et de la FDSEA sur la colère légitime de la
population.
Le petit jeu des formules peut être dangereux, celle de Jean Luc Mélenchon "A Quimper les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres" , n'est
pas seulement maladroite, elle est fausse en voulant généraliser et
montre une méconnaissance du terrain. Les camarades du PG29 eux-mêmes en
conviennent.
On se rappellera aussi que la direction de la CFDT a appelé à ne participer à aucun des deux rassemblements.
Où sont les vrais clivages?
Celles
et ceux qui ont manifesté à Quimper, ne peuvent pas voir dans Carhaix
une « diversion » ou une « division », Carhaix a eu l'indispensable
avantage de poser en grand la question de la nécessaire indépendance de
classe, Carhaix a contribué à dénoncer les tentatives de récupération
politicienne de l'UMP et de l'extrême droite (voir les immenses
banderoles à Quimper : « Hollande démission » ou le tracteur avec un
grand portrait de Marine Le Pen).
Celles
et ceux qui ont manifesté à Carhaix, ne peuvent pas résumer Quimper à
une manif de patrons et de gros paysans , car il n'y avait pas 15 000
patrons et gros paysans, il y avait aussi beaucoup de salariés,
précaires, chômeurs, jeunes en colère et on les comprends.
Le
problème s'est posé, quand de la lutte contre les licenciements, on est
passé au combat centré contre l'écotaxe, puis contre tous les impôts.
Il
y a eu aussi reconnaissons-le quand même tous, instrumentalisation, et
en tout cas volonté d'instrumentalisation, de salariés par des patrons
de grandes chaînes de distribution et les patrons licencieurs. L'exemple
que tout le monde a pu voir sur France 3, c'est le PDG de Tilly-Sabco,
qui fait son annonce de 1000 suppressions d'emplois, le 31 octobre et
est le 2 novembre dans la rue au milieu des salariés qu'il vient de
virer.
Il y a deux vrais clivages:
-
Le premier est social: entre les salariés et ceux qui vivent de leur travail sans exploiter personne (petits paysans et petits artisans), les précaires et les chômeurs qui tous souffrent de l'austérité d'un côté; les patrons (de l'agroalimentaire, des transports routiers...) , les dirigeants de la FDSEA et de l'agro-business, les gros actionnaires de l'autre qui demandent encore plus de libéralisme au gouvernement.
-
Le second est politique: il y a celles et ceux qui sont pour une réforme fiscale radicale qui permette une répartition plus juste des richesses (suppression des impôts indirects sur les produits de première nécessité, impôts sur les revenus du capital …), qui ne sont pas contre l'impôt car il finance les services publics et ceux qui ont utilisé l'écotaxe comme prétexte pour exiger la baisse des cotisations patronales et sociales (le salaire socialisé), la suppression des normes sociales (le code du travail), environnementales (pouvoir polluer sans limite).
Tout
le monde l'a dit, la situation est compliquée. N'a-t-on pas vu à
Josselin, des ouvriers de GAD Josselin être envoyés contre d'autres
ouvriers GAD Lampaul? Cette division est mortelle.
Alors
sur ces deux clivages fondamentaux, au Front de gauche nous nous
retrouvons tous dans le même camp, que nous soyons allés à Carhaix ou à
Quimper, ne nous divisons pas.
Discutons
plutôt de comment on continue, pour que le mouvement ne ne soit pas à
la remorque des patrons, pour aider à lever les confusions et unir notre camp sur ses propres intérêts.
Quelles perspectives?
Le
23 novembre, une mobilisation est prévue à Rennes pour défendre
l'emploi dans l'automobile et l'électronique durement touchés. Le
mouvement syndical a une grande responsabilité pour être à l'initiative
et construire son unité pour construire le rapport de force.
Comment
pouvons-nous contribuer pour que cette mobilisation concerne toute la
Bretagne, tous les emplois, en y associant ceux de l'agroalimentaire ?
Cette
proposition de mobilisation n'est pas encore celle de toutes les
organisations syndicales ouvrières, comment pouvons-nous aider à ce que
cette unité se construise.
Et
dans ces mobilisations, discutons de comment nous allons faire pour
populariser nos propositions « L'humain d'abord », car si nous ne
parvenons pas à redonner de l'espoir sur des propositions, c'est,
chacunE le sait, le FN qui risque d'en profiter.
TARATATA, très peu de camarades du PG29 en conviennent, ce jeudi 14 NOV. Nous en avons discuté, mais vous demanderez aux responsables ce qu'il en est...
RépondreSupprimerPersonnellement, je n'ai pas de convenance, d'ailleurs à ce jour l'inter-syndical a compris, appel le 23 nov. à une manifestation, sans le collectif emploi, ils en conviennent ??...