mercredi 6 novembre 2013

Une contribution : Quels bilans tirer du 2 novembre en Bretagne ?

Quels bilans tirer du 2 novembre en Bretagne ?

Tout d'abord, on doit se féliciter de voir une population mobilisée et pas attentiste. Elle est inquiète, en colère, mais recherche une issue collective aux problèmes qu'elle rencontre. C'est positif.
Quimper et Carhaix ont toutes les deux mobilisé:

On aurait pu penser que Carhaix préparé en quelques jours sans battage médiatique aurait été symbolique, cela n'a pas été le cas. Le Télégramme dit 3000 manifestants, c'est de cet ordre.

Initié par la CGT, Solidaires et FSU (avec aussi des divergences qu'il ne sert à rien de nier au sein de ces organisations); l'appel s'est élargi à la Confédération Paysanne, au Front de Gauche (appels notamment du PG 29 et du PCF 29), à EELV, Lutte Ouvrière était présente. Des salariés des boites touchées par les licenciements étaient là notamment Marine Harvest, Tilly Sabco, … Opportuniste? on notera la présence à Carhaix d'une seule personnalité PS, le député Richard Ferrand qui a voté le pour le TSCG, pour la réforme des retraites et s'est abstenu sur l'ANI.

Quimper est un très gros succès en terme de participation, 12 000, 15 000, peut être plus, en tout cas une des plus grosses manifestations de ces dernières années, mais chiffre à mettre en rapport avec sa dimension régionale (gros déplacements de la Loire Atlantique). Les médias ont aidé, le soutien matériel des organisateurs (mise à disposition de bus, de bonnets, de drapeaux, …) a joué un rôle. Le phénomène grandissant des réseaux sociaux a aussi contribué à mobiliser des gens qui sans doute faisaient là leur première manif, ce qui n'était pas le cas à Carhaix où la moyenne d'âge était plus élevée. Si l'on excepte un syndicat ouvrier FO, et Christian Troadec (étiqueté « divers gauche » qui peut passer d'une alliance avec José Bové à une autre avec la FDSEA) les principaux organisateurs (Medef 29, FDSEA, CCI...), ne se situent pas dans notre camp politique et social. C'est cette alliance inter-classiste qui a posé un problème, c'est cela qui a permis les appels de Marc Le Fur député UMP présent à Quimper avec un bonnet rouge, le soutien bienveillant du FN, des identitaires ...

A l'opposé, il y avait à Quimper des manifestantEs qui non seulement étaient conscients de ce problème, mais sont allés à Quimper avec l'intention de le dénoncer dans la manif elle même. Il ne faut donc pas faire d'amalgame entre ces manifestantEs et les dirigeants de cette manif. C'est sur cette tactique que les avis ont pu diverger, pas sur le fond: que ce soit dans les syndicats CGT, Solidaires, FSU … ou dans Le Front de Gauche, tout le monde regrette et dénonce la volonté de main-basse du Medef et de la FDSEA sur la colère légitime de la population.

Le petit jeu des formules peut être dangereux, celle de Jean Luc Mélenchon "A Quimper les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres" , n'est pas seulement maladroite, elle est fausse en voulant généraliser et montre une méconnaissance du terrain. Les camarades du PG29 eux-mêmes en conviennent.

On se rappellera aussi que la direction de la CFDT a appelé à ne participer à aucun des deux rassemblements.

Où sont les vrais clivages?

Celles et ceux qui ont manifesté à Quimper, ne peuvent pas voir dans Carhaix une « diversion » ou une « division », Carhaix a eu l'indispensable avantage de poser en grand la question de la nécessaire indépendance de classe, Carhaix a contribué à dénoncer les tentatives de récupération politicienne de l'UMP et de l'extrême droite (voir les immenses banderoles à Quimper : « Hollande démission » ou le tracteur avec un grand portrait de Marine Le Pen).

Celles et ceux qui ont manifesté à Carhaix, ne peuvent pas résumer Quimper à une manif de patrons et de gros paysans , car il n'y avait pas 15 000 patrons et gros paysans, il y avait aussi beaucoup de salariés, précaires, chômeurs, jeunes en colère et on les comprends.

Le problème s'est posé, quand de la lutte contre les licenciements, on est passé au combat centré contre l'écotaxe, puis contre tous les impôts.

Il y a eu aussi reconnaissons-le quand même tous, instrumentalisation, et en tout cas volonté d'instrumentalisation, de salariés par des patrons de grandes chaînes de distribution et les patrons licencieurs. L'exemple que tout le monde a pu voir sur France 3, c'est le PDG de Tilly-Sabco, qui fait son annonce de 1000 suppressions d'emplois, le 31 octobre et est le 2 novembre dans la rue au milieu des salariés qu'il vient de virer.

Il y a deux vrais clivages:

  • Le premier est social: entre les salariés et ceux qui vivent de leur travail sans exploiter personne (petits paysans et petits artisans), les précaires et les chômeurs qui tous souffrent de l'austérité d'un côté; les patrons (de l'agroalimentaire, des transports routiers...) , les dirigeants de la FDSEA et de l'agro-business, les gros actionnaires de l'autre qui demandent encore plus de libéralisme au gouvernement.
  • Le second est politique: il y a celles et ceux qui sont pour une réforme fiscale radicale qui permette une répartition plus juste des richesses (suppression des impôts indirects sur les produits de première nécessité, impôts sur les revenus du capital …), qui ne sont pas contre l'impôt car il finance les services publics et ceux qui ont utilisé l'écotaxe comme prétexte pour exiger la baisse des cotisations patronales et sociales (le salaire socialisé), la suppression des normes sociales (le code du travail), environnementales (pouvoir polluer sans limite).
Tout le monde l'a dit, la situation est compliquée. N'a-t-on pas vu à Josselin, des ouvriers de GAD Josselin être envoyés contre d'autres ouvriers GAD Lampaul? Cette division est mortelle.

Alors sur ces deux clivages fondamentaux, au Front de gauche nous nous retrouvons tous dans le même camp, que nous soyons allés à Carhaix ou à Quimper, ne nous divisons pas.

Discutons plutôt de comment on continue, pour que le mouvement ne ne soit pas à la remorque des patrons, pour aider à lever les confusions et unir notre camp sur ses propres intérêts.

Quelles perspectives?

Le 23 novembre, une mobilisation est prévue à Rennes pour défendre l'emploi dans l'automobile et l'électronique durement touchés. Le mouvement syndical a une grande responsabilité pour être à l'initiative et construire son unité pour construire le rapport de force.

Comment pouvons-nous contribuer pour que cette mobilisation concerne toute la Bretagne, tous les emplois, en y associant ceux de l'agroalimentaire ?

Cette proposition de mobilisation n'est pas encore celle de toutes les organisations syndicales ouvrières, comment pouvons-nous aider à ce que cette unité se construise.



Et dans ces mobilisations, discutons de comment nous allons faire pour populariser nos propositions « L'humain d'abord », car si nous ne parvenons pas à redonner de l'espoir sur des propositions, c'est, chacunE le sait, le FN qui risque d'en profiter.

1 commentaire:

  1. TARATATA, très peu de camarades du PG29 en conviennent, ce jeudi 14 NOV. Nous en avons discuté, mais vous demanderez aux responsables ce qu'il en est...
    Personnellement, je n'ai pas de convenance, d'ailleurs à ce jour l'inter-syndical a compris, appel le 23 nov. à une manifestation, sans le collectif emploi, ils en conviennent ??...

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